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A Madagascar : pour que l’art soit une rencontre

Guy Dallevet, 70 ans, est plasticien et psychologue de formation. Membre de PLM, il anime depuis plusieurs années des ateliers dans les endroits les plus inattendus de Madagascar : école, prison, hôpital psychiatrique dans des villages de brousse ou des grosses villes… Et ce auprès de tous publics. Objectif : réaliser des œuvres collectives afin qu’ « une rencontre se fasse » entre les différents participants.

Le 28 novembre dernier, lors du repas de PLM à Lyon, c’est sur une idée de Guy qu’avait été réalisée par les convives une fresque représentant… un baobab, symbole de Madagascar. L’animation était assurée par Sandrine et Laure, deux art-thérapeutes en formation. « Cette technique de travail plaît beaucoup à ces professionnels, mais ce n’est pas une thérapie en soi. Elle doit d’abord permettre une rencontre », explique l’artiste qui travaille sur la région lyonnaise auprès de différents publics dans un tiers-lieu comme les Grandes Voisines à Francheville ou à l’hôpital de L’Arbresle. « Dans cet établissement, pendant un an, je réunis aussi bien des patients que des collégiens, des réfugiés etc… Chacun réalise des petites mains avec du fil de fer utilisé dans la construction. De notre côté, avec l’autre animateur, nous réalisons une structure un peu comme les os d’une grande main où chacun apposera sa petite main pour, au bout du compte, en faire une grande ».

Cette méthode de travail a essaimé à l’étranger. Guy Dallevet a ainsi travaillé en 2019 en Chine avec des autistes. Et depuis 2021, il intervient chaque année à Madagascar avec les mêmes méthodes. Amenant avec lui tout le matériel, il intervient dans de nombreuses régions de l’île, en brousse et en ville, comme récemment à Fianarantsoa (centre-est), auprès des publics les plus divers : publics scolaires, personnes âgées, prisonniers… « Avant de nous mettre au travail dans les ateliers, nous avons d’abord un temps de parole. Ainsi, quand je suis intervenu pendant une journée à la prison de Fianarantsoa, nous avons au préalable abordé la question de l’art et de l’artiste à Madagascar. Ce n’était pas évident !»

Comme l’on peut s’en douter, cette expérience en milieu carcéral, dans le quartier des mineurs, est très particulière. « Nous nous sommes réunis dans la cour avec 40 jeunes, en présence du directeur. On a dessiné à la craie les silhouettes de chacun d’eux sans qu’on puisse les reconnaître. Puis l’on a peint les pourtours avant d’apposer des couleurs. Dès qu’ils ont vu la première silhouette, les jeunes ont complètement joué le jeu. Il y a vraiment eu une rencontre qui s’est faite. Il y avait ainsi un ado de 13 ans, petit de taille, qui en faisait 10. Au début, il avait peur, il était bousculé par les grands. Par la suite, ces derniers ont été admiratifs devant son travail », raconte l’artiste.

 

S’autoriser une expression artistique

L’objectif de ces ateliers a donc été parfaitement atteint. Mais au-delà, un tel travail permet à tout un chacun de s’autoriser une expression artistique. « A Madagascar », raconte Guy, « il y a bien des artistes, mais qui n’osent pas se montrer. Il n’y a pas de scène, pas d’exposition. L’art est une discipline abstraite, à peine enseignée à l’université. Il y a encore une indissociation entre l’artisan et l’artiste. Par exemple, un artisan est évidemment capable de réaliser une statue, un totem d’après une histoire. Mais il ne s’autorisera pas une création différente. J’ai ainsi vu une grand-mère qui faisait de très belles peintures sur des sacs, mais toujours les mêmes. Alors, toutes ces personnes, j’essaye de les ouvrir à des techniques différentes pour qu’ils découvrent d’autres choses. C’est d’autant plus productif qu’il y avait déjà une connaissance préalable ».

L’artiste français contribue ainsi à ce que les personnes avec qui il travaille s’autorisent à créer. A la fin de son atelier à la prison de Fianarantsoa, le directeur lui a demandé si… lui aussi pouvait peindre. En ajoutant : « Il faut que vous m’en disiez plus ». Guy intervient aussi avec des étudiants de PLM… même quand il ne séjourne pas à Madagascar. « J’ai ainsi continué avec eux par visio », lâche-t-il en riant. Une rencontre visiblement réussie.

Laurent Ribadeau Dumas

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